Les chats et les hommes, une longue histoire !

Gustave Doré, d’après C. Perrault, gravure « Le Maître Chat ou Le Chat Botté » dans : Les Contes de Perrault, 1867, Gallica

Les origines du chat à travers le monde

Les paléontologues hésitent quant à l’ancêtre du chat domestique. Certains scientifiques pensent qu’il s’agirait du Proailurus lemanensis. Ce serait un félin ayant vécu en Eurasie il y a 25 millions d’années. Il pesait une quinzaine de kilos. Plus tard, environ 5 millions d’années avant notre ère, le groupe des félidés se divisa entre grands et petits félins. Les ancêtres du chat actuel ont pris racine en Asie durant le Plio-Pléistocène (entre 3 et 1 millions d’années) avant de se disperser dans le monde entier. Mais le chat ne fut domestiqué qu’à l’époque des premières populations sédentaires qui pratiquaient l’agriculture, vers 10 000 ans avant notre ère. Apprécié pour ses talents de chasseur, le petit félin fut invité dans les maisons pour traquer les rongeurs.

 G. Doré ; L. Dumont, Le Chat et le vieux rat, gravure, 1868, Gallica

Considéré comme un dieu en Égypte, le chat fut d’abord le compagnon des rois et des hauts dignitaires. Les Égyptiens élevèrent des chats sacrés dans le temple d’Amon, à Héliopolis. Tuer un félin était puni de mort. Au décès du chat, ce dernier était momifié et placé dans un sarcophage. Il entra même dans le panthéon égyptien sous la forme de la déesse Bastet.

Alex Coutet (texte) ; ill. de Ribet (ill.), Histoires de chats, Toulouse : Sirven, 1931, Rosalis

Dans la Rome antique, c’était un animal coûteux et à l’origine réservé aux patriciens. Mais les félins ne tardèrent pas à se multiplier. Bon chasseur et facile à vivre, le chat fut rapidement adopté par les citoyens de Rome. Le culte de Bastet fut alors associé à celui de Diane. Puis, en raison de l’expansion de l’Empire romain, les félins se répandirent sur tout le pourtour du bassin méditerranéen.

Les Arabes virent en lui une âme pure, contrairement à celle du chien, qui elle est impure.

Alex Coutet (texte) ; ill. de Ribet (ill.), Histoires de chats, Toulouse : Sirven, 1931, Rosalis

En Asie, le chat bénéficia d’une image bénéfique. Il fut considéré comme un animal protecteur. Au Japon, les chats étaient et sont toujours nourris pour rester près des temples afin de protéger la population. Aujourd’hui, c’est pourquoi le maneki-neko, porte-bonheur en forme de chat, accueille les clients dans les restaurants et boutiques japonaises. En Chine, le dieu Li Shou apparaît sous les traits d’un chat. En Inde, la déesse de la fécondité Sasti est semblable à la déesse de l’amour et de la procréation égyptienne, Bastet.

Champfleury, gravure « Le chat et la Japonaise », dans Les chats, Rothschild, 1870, Gallica

La vision du chat en France

Au début du christianisme le chat était encore apprécié pour ses talents de chasseur. Mais en raison de sa vision nocturne, de son besoin de sommeil et de son appétit sexuel, il fut ensuite considéré comme une créature maléfique. Dans la dernière partie du Moyen-Age, le chat commença à être associé à Satan et aux flammes de l’Enfer. Il fut souvent confondu avec le diable car on l’accusa d’être le compagnon des sorcières. A cette époque, posséder un chat (surtout s’il était noir) pouvait être passible de peine de mort. On organisait des massacres de chats, notamment pour les fêtes du solstice d’été. Cette tradition ne prit fin à Metz qu’en 1733 et en 1817 à Ypres.

Alex Coutet (texte) ; ill. de Ribet (ill.), Histoires de chats, Toulouse : Sirven, 1931, Rosalis

Le retour en grâce du chat s’opéra à partir de la fin de la Renaissance. Sa réhabilitation totale n’eut lieu qu’après plusieurs siècles d’attente. Ainsi, le cardinal de Richelieu, principal ministre de Louis XIII, portait une affection particulière envers les petits félins. Il possédait 14 chats à sa mort. Louis XIV, quant à lui, décida d’interdire en 1648 de jeter des chats dans les bûchers de la Saint Jean.

Marie Guerrier de Haupt, Les Moustaches du chat, Paris, fin XIXe s.-début XXe s., Rosalis

A partir du XVIIIe s., les philosophes commencèrent à tourner en dérision les superstitions religieuses liées à la nature maléfique du chat. Au cours du XIXe siècle, la science démontra que les maladies n’étaient pas transmises par les sorcières ou par le diable, mais bien par les microbes. Le chat, animal très propre, fut alors mis en exergue pour son hygiène. C’est à partir de cette époque que les félins, outre leurs talents de chasseurs, furent appréciés pour leur grâce et leur féminité. L’image du chat étant réhabilitée, il pénétra progressivement dans la littérature.

Marie Guerrier de Haupt, Les Moustaches du chat, Paris, fin XIXe s.-début XXe s., Rosalis

Le chat dans la littérature

Décrit dans les livres comme intelligent et dégourdi, voire philosophe, le chat est souvent pleins de bonnes intentions. Jean de La Fontaine au XVIIe siècle l’introduit de maintes fois dans ses Fables (Le chat et le renard ; Le chat, la belette et le petit lapin ; La chatte métamorphosée en femme, etc).

Delnois, d’après Jean de La Fontaine, Le chat, la belette et le petit lapin, lithographie, XIXe s., Gallica

Au XVIIIe siècle, François-Augustin de Paradis réhabilite l’animal martyrisé au Moyen-Age en publiant son Histoire des chats. Au XIXe siècle, Champfleury connaît un grand succès littéraire avec Les Chats, illustré par des dessins de Manet, Delacroix ou Viollet-le-Duc.

Champfleury, Les chats, Rothschild, 1870, gravure « Le chat et les fleurs » par Manet, Gallica

L’intérêt pour le chat s’accroît encore au XXe siècle. Colette, auteur de La Chatte, Mitsou, La Paix chez les bêtes… s’impose comme experte en psychologie féminine.

Nombre de poèmes sont également dédiés au chat. Joachim du Bellay consacre une ode à son chartreux, Charles Baudelaire trois cent ans plus tard destine plusieurs poèmes au chat dans Les Fleurs du mal dans lesquels il chante sa fourrure, son corps élastique et sa voix qui contient « toutes les extases. » La sensualité du chat fascine Baudelaire, qui le compare à celle de la femme. Au XXe siècle, Edmond Rostand lui fait un bel éloge dans Petit Chat, Pablo Neruda écrit une Ode au chat ou encore Paul Eluard consacre quelques vers au chat dans Les Aminaux et leurs hommes, les Hommes et leurs animaux.

Charles Baudelaire, A. Rassenfosse, Les Fleurs du mal, poème « Le chat » (p. 133), 1899, Gallica

Les mystères du chat, ainsi que sa débrouillardise, l’ont propulsé dans le monde des personnages fantastiques et enchanteurs. Il est en effet un héros familier des contes. L’ami des sorcières aux pratiques funestes fréquente la Fée Carabosse de Marie-Catherine d’Aulnoy dans ses Contes de fées publiés en 1697. La même année paraissent les Contes de ma mère l’Oye de Charles Perrault. Le chat y tient la vedette avec le personnage de Chat botté.

LG. Doré ; Pisan, d’après Perrault, gravure « Le Chat eut soin de s’informer qui était cet ogre » dans Le Chat Botté, 1862, Gallica

L’animal chaussé de grandes bottes et doté d’un sac de provisions déborde d’imagination. Parmi ses aventure, le chat très futé floue un ogre. La morale du conte souligne combien la débrouillardise, l’imagination et la volonté de se relever des situations inconfortables sont des valeurs supplémentaires aux richesses acquises.

En 1885, Lewis Caroll imagine le Chat du Cheshire, une figure importante d’Alice au pays des merveilles. Cet animal mystérieux a une particularité : il peut apparaître et disparaître autant qu’il veut ! Ce qui a le don d’amuser et d’agacer Alice.

Le chat aujourd’hui

Alex Coutet (texte) ; ill. de Ribet (ill.), Histoires de chats, Toulouse : Sirven, 1931, Rosalis

Le chat a gagné l’estime de l’homme par son adaptabilité aux changements. Au cours de son histoire, cet animal a souvent vu son territoire changer. Aujourd’hui contraint de vivre parfois en appartement, il a su tracer de nouvelles limites à son domaine. Son art consiste à ne pas laisser les hommes marcher sur ses plates-bandes : on l’aime pour son indépendance.

Demandez « le Chat », savon extra, Marseille, 1895, Gallica

Parce qu’il est devenu un membre de la famille à part entière, on retrouve le chat partout : sur internet (les vidéos de chats génèrent des dizaines de millions de vues), dans les publicités, les dessins animés (Tom et Jerry, Titi et Gros Minet, Les Aristochats), les films (Le Chat de Pierre Granier-Deferre, Catwoman de Pitof), les chansons (The Lovecats de The Cure, Moi vouloir être chat de Pow Wow, Le chat de Téléphone), les bandes dessinées (Félix le chat d’Otto Messmer et Pat Sullivan, Garfield de Jim Davis, Le Chat de Geluck, Le Chat du rabbin de Joann Sfar, Blacksad de Guarnido Juanjo et Canales Juan Diaz), les mangas (Chi, une vie de chat) ou encore les livres (La Chatte de Colette, Demain les chats de Bernard Weber) et les albums pour enfants.

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